Syndrome RED-S chez les athlètes, le reconnaître

Un athlète peut s’entraîner avec rigueur, manger « sainement » et pourtant voir ses performances plafonner, ses blessures se répéter ou son énergie disparaître. Le syndrome RED-S chez les athlètes se cache souvent derrière des signes banalisés : fatigue attribuée à une grosse semaine, irritabilité, baisse de libido ou règles irrégulières. Ce n’est pas un manque de volonté. C’est parfois le signal que le corps ne reçoit plus assez d’énergie pour soutenir à la fois l’entraînement et ses fonctions essentielles.

Qu’est-ce que le syndrome RED-S chez les athlètes ?

RED-S signifie Relative Energy Deficiency in Sport, ou déficit énergétique relatif dans le sport. Il survient lorsque l’énergie disponible après l’effort n’est pas suffisante pour permettre à l’organisme de fonctionner normalement. En clair, l’apport alimentaire ne couvre pas adéquatement le coût de l’entraînement, puis les besoins de récupération et de santé au quotidien.

Le problème ne concerne pas uniquement les calories. La répartition des repas, la disponibilité des glucides autour des séances, l’apport en protéines, en lipides et en micronutriments comptent aussi. Une personne peut avoir une alimentation composée d’aliments nutritifs, mais manger trop peu, trop tard ou de façon trop restrictive par rapport à son volume d’activité.

Le concept de RED-S a remplacé et élargi celui de la triade de l’athlète féminine. Il concerne les femmes comme les hommes, les adolescents comme les adultes, et touche plusieurs systèmes : santé hormonale, osseuse, métabolique, immunitaire, cardiovasculaire et psychologique. La performance n’est donc qu’une partie du tableau.

Pourquoi le déficit énergétique réduit la performance

Quand l’énergie vient à manquer, le corps établit des priorités. Il ne considère pas une progression au squat, un record sur 10 km ou une saison de triathlon comme des fonctions vitales. Il peut réduire certaines dépenses physiologiques pour préserver l’essentiel. Cette adaptation peut se traduire par une récupération plus lente, une moins bonne qualité du sommeil, une diminution de la synthèse osseuse ou des perturbations hormonales.

À court terme, certains athlètes ont l’impression que leur stratégie fonctionne, notamment lorsqu’une perte de poids est recherchée. Mais une restriction prolongée peut finir par compromettre la qualité des entraînements, la capacité à construire ou maintenir la masse musculaire, la concentration et la constance. Le compromis devient particulièrement coûteux à l’approche d’une compétition, lorsque l’on cherche justement à absorber davantage de travail.

Le RED-S n’apparaît pas seulement dans le cadre d’un régime volontaire. Un programme d’entraînement qui augmente rapidement, un emploi physiquement exigeant, un appétit diminué par le stress, des problèmes digestifs ou des horaires de repas chaotiques peuvent aussi créer un déficit involontaire. Chez les sportifs végétariens ou végétaliens, le défi peut être accentué si les portions et la densité énergétique ne suivent pas les besoins réels.

Les signes qui méritent votre attention

Un seul symptôme ne permet pas de diagnostiquer un RED-S. En revanche, l’accumulation de plusieurs changements justifie une évaluation. Les signaux les plus fréquents incluent :

  • une fatigue persistante ou une récupération inhabituellement lente ;
  • une baisse des performances, de la puissance ou de l’endurance malgré un entraînement cohérent ;
  • des blessures à répétition, particulièrement les douleurs osseuses ou fractures de stress ;
  • des règles absentes, irrégulières ou modifiées chez les personnes menstruées ;
  • une baisse de libido, des changements d’humeur ou une irritabilité marquée ;
  • des infections plus fréquentes, une sensation de froid ou des troubles du sommeil ;
  • une préoccupation grandissante autour du poids, des aliments ou du fait de « mériter » de manger.

Chez les hommes, le sujet est encore trop souvent sous-estimé. Une diminution de la libido, des érections spontanées, de l’énergie ou de la motivation peut parfois être liée à une faible disponibilité énergétique, parmi d’autres causes possibles. Ces manifestations demandent une discussion clinique plutôt qu’une automédication ou une prise de suppléments au hasard.

L’absence de perte de poids ne protège pas du RED-S. Il peut survenir à différents poids et dans différents types de morphologie. Se fier uniquement à la balance risque donc de retarder la prise en charge.

Les disciplines les plus exposées, sans exception

Les sports d’endurance, le CrossFit, la gymnastique, la danse, les sports esthétiques et les sports à catégories de poids sont souvent associés à un risque accru. La combinaison d’un grand volume d’entraînement et de pressions sur la composition corporelle y est fréquente. Cela dit, un joueur de hockey, une personne qui s’entraîne en salle cinq fois par semaine ou un coureur récréatif préparant son premier marathon peut aussi être concerné.

Les adolescents méritent une vigilance particulière. Leur alimentation doit couvrir l’entraînement, mais également la croissance, la maturation osseuse et le développement hormonal. Réduire les portions chez un jeune athlète pour modifier rapidement sa silhouette peut avoir des conséquences qui dépassent largement la saison sportive.

Comment agir sans tomber dans les solutions simplistes

La première étape consiste à regarder le contexte complet : volume et intensité des séances, objectifs de composition corporelle, horaires, sommeil, blessures, digestion, relation à l’alimentation et antécédents médicaux. Augmenter aveuglément les calories n’est pas une stratégie individualisée, mais continuer à s’entraîner intensément en espérant que les symptômes disparaîtront ne l’est pas davantage.

Dans de nombreux cas, il faut rétablir une meilleure disponibilité énergétique. Cela peut vouloir dire ajouter une collation avant ou après l’entraînement, augmenter les portions aux repas, intégrer davantage de glucides les journées exigeantes ou cesser de s’entraîner à jeun lorsque cette habitude nuit à la récupération. Les lipides alimentaires, les protéines et les apports en calcium, vitamine D, fer et autres nutriments doivent aussi être évalués selon la situation.

Le moment des apports a une valeur concrète. Un athlète qui s’entraîne tôt, saute le déjeuner puis attend le dîner pour manger peut se retrouver en déficit pendant plusieurs heures, même si son apport total semble acceptable sur le papier. À l’inverse, une grosse portion prise tard le soir ne compense pas toujours une journée entière passée à sous-alimenter le corps autour des séances.

Il peut également être nécessaire d’ajuster temporairement la charge d’entraînement. C’est une décision à discuter avec l’entraîneur et, selon les symptômes, avec un médecin. En présence d’une fracture de stress suspectée, d’une absence prolongée de règles, de malaises, de douleurs thoraciques, d’une perte de poids rapide ou de comportements alimentaires préoccupants, une évaluation médicale ne doit pas attendre.

Une approche qui protège la santé et les résultats

La prise en charge du RED-S fonctionne mieux lorsqu’elle ne repose pas sur la culpabilité. Le but n’est pas de demander à l’athlète de renoncer à ses objectifs, mais de construire une stratégie qui rend ces objectifs physiologiquement soutenables. Pour certaines personnes, cela implique de mettre en pause une phase de perte de gras. Pour d’autres, la priorité sera de structurer les repas les jours chargés, d’améliorer la tolérance digestive à l’effort ou de diminuer la rigidité alimentaire.

Un suivi avec une diététiste-nutritionniste permet d’estimer les besoins en fonction de la discipline, du calendrier, des préférences, des contraintes de travail et de l’état de santé. Lorsque nécessaire, la collaboration avec un médecin, un psychologue et un entraîneur crée un cadre plus sécuritaire, surtout si une relation difficile à l’alimentation est présente.

Chez Innovation Nutrition, l’accompagnement en nutrition sportive vise justement à relier les données scientifiques à la réalité de chaque athlète. Une stratégie efficace doit pouvoir être appliquée avant un entraînement matinal, pendant une longue sortie, au travail et lors des semaines de compétition.

Votre corps ne devrait pas avoir à choisir entre rester en santé et performer. Si la fatigue, les blessures ou les changements hormonaux s’installent, agir tôt peut transformer une période de stagnation en véritable point de départ pour une progression durable.

Image de Steven Couture

Steven Couture

Spécialiste reconnu en nutrition et titulaire d’une maîtrise en nutrition, son objectif ultime est d’innover en combinant les dernières données scientifiques en matière de nutrition avec ses observations du terrain. Que vous ayez un objectif de nature sportive, de gestion du poids efficace ou de santé générale, il est votre référence! Steven est impliqué dans le milieu de la nutrition depuis maintenant plus de 10 ans.

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